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LETTRE QUE VAUBAN, AYANT A CONSTRUIRE
POUR LE
ROI DE FRANCE LES FORTS QUI
LE RENDIRENT IMMORTEL,
ECRIVAIT
LE 17 JUILLET DE l'AN DE GRACE 1685

A MONSIEUR DE LOUVOIS.

(Elle conserve, trois siècles plus tard, toute son actualité, puisqu'elle fait
la critique du " moins disant " dans le cadre des marchés publics.)

 

 

 

A Monsieur de Louvois
en son Hôtel de Paris

Monseigneur,

Il y a quelques queues d'ouvrages des Années dernières
qui ne sont point finies et qui ne finiront point, et tout cela Monseigneur,
par la confusion que causent les fréquents Rabais qui se font
dans vos Ouvrages car il est certain que toutes ces ruptures de Marchés,
manquements de parole et renouvellements d'Adjudications ne servent
qu'à vous attirer comme Entrepreneurs tous les misérables qui ne savent
où donner de la tête, les fripons et les ignorants,et à faire fuir tous ceux
qui ont de quoi et qui sont capables de conduire une Entreprise. Je dis plus
qu'elles retardent et renchérissent considérablement les ouvrages qui
n'en sont que plus mauvais, car ces Rabais et bons Marchés tant recherchés
sont imaginaires, d'autant qu'il est d'un Entrepreneur qui se perd comme
d'un homme qui se noie qui se prend à tout ce qu'il peut : or, se prendre à tout
ce qu'on peut en matière d'entrepreneur, c'est ne pas payer les Marchands
chez qui il prend les matériaux, mal payer les ouvriers qu'il emploie,
friponner ceux qu'il peut, n'avoir que les plus mauvais parce qu'ils se donnent
à meilleur marché que les autres, n'employer que les plus méchants matériaux,
chicaner sur toutes choses et toujours crier miséricorde contre celui-ci et celui-là.

En voilà assez, Monseigneur, pour vous faire voir l'Imperfection
de cette conduite : quittez-là donc et, au nom de Dieu rétablissez la bonne foi,
donnez le prix des Ouvrages et ne refusez pas un honnête salaire à un Entrepreneur
qui s'acquittera de son devoir, ce sera toujours le meilleur marché que vous puissiez trouver.

Quant à moi, Monseigneur, je reste assurément de tout cœur
votre très humble et très obéissant serviteur.

VAUBAN